L’entourage de Balzac

Les modèles vivants de Balzac

L’entourage entier de Balzac a servi de modèle à ses personnages, y compris lui-même dont on retrouve l’autoportrait dans de nombreux ouvrages. Comme « peintre de son temps130, » il a produit, avec la Comédie humaine, une galerie de portraits que l’on a beaucoup cherché à comparer avec les originaux.

George Sand cousant, portrait d’Eugène Delacroix (1838). Extrait d’un tableau montrant George Sand et Frédéric Chopin ensemble.

Balzac a sans doute puisé ses modèles de banquier (Nucingen) dans les acteurs de la Haute banque de l'époque dont Georges Humann faisait partie131, son modèle de parfumeur Birotteau dans d'illustres prédécesseurs comme Jean Marie Farina132, mais aussi dans un fait divers d'époque concernant un certain Bully133.

Dans Béatrix on trouve des allusions assez claires à Marie d'Agoult (le personnage de Béatrix de Rochefide), qui se mit à haïr Balzac après la parution du roman où elle crut se reconnaître134. Dans le même roman, George Sand est évoquée dans le personnage de Félicité des Touches, sans doute Delphine de Girardin dans celui de Sabine, et Franz Liszt135 dans celui de l’amant de la marquise de Rochefide : le musicien Conti.

L’auteur a souvent mis des épisodes de sa vie privée en filigrane, notamment dans le Lys dans la vallée où l’on reconnaît Laure de Berny, à laquelle il a dédié l’ouvrage, dans le personnage de Madame de Mortsauf. Quant à Balzac lui-même, on le devine sous les traits de Félix de Vandenesse136, et encore davantage dans le personnage de Louis Lambert137.

On a cru voir Lamartine dans le grand poète Canalis138 de Modeste Mignon, ou encore Victor Hugo dans le poète Nathan que l’on retrouve dans de nombreux ouvrages : Illusions perdues, Béatrix, la Rabouilleuse, Splendeurs et misères des courtisanes, Modeste Mignon, la Peau de chagrin. Mais aussi peut-être dans la Cousine Bette, le couple Hulot pourrait être une transposition du ménage de Victor Hugo (Hector Hulot) et d’Adèle Foucher (Adeline Fischer)139.

Autoportrait au gilet vert, Eugène Delacroix (1837).

La duchesse de Castries aurait servi de modèle à Antoinette de Langeais dans le roman la Duchesse de Langeais140 et la duchesse d'Abrantès aurait elle-même servi de modèle à la fois à la Vicomtesse de Beauséant dans la Femme abandonnée, et à la duchesse de Carigliano dans la Maison du chat-qui-pelote. Balzac rédigeait la Maison à Maffliers, près de L'Isle-Adam en 1829, alors que la duchesse d’Abrantès séjournait chez les Talleyrand-Périgord dans le même lieu. Mais cette dernière affirmation reste une supposition prudente141.



On a beaucoup vu Eugène Delacroix derrière Joseph Bridau, le peintre débutant de la Rabouilleuse, sans doute à cause de la description physique du garçon (Delacroix était petit et il avait une grosse tête). Il est même prénommé Eugène Bridau dans Entre savants142. Mais le Bridau de la Rabouilleuse est aussi un reflet de Balzac, enfant mal aimé par sa mère143.

En réalité, les personnages de Balzac sont composites. L'auteur réunit les éléments dans un ordre très personnel, et s’il s'inspire de faits réels comme dans César Birotteau, l’ensemble est toujours habilement reconstruit et du coup chaque figure devient un puzzle.


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